BASLER FORUM FÜR ÄGYPTOLOGIE

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29.09.2011, um 19:00 Uhr,

Dr.Bernard Mathieu, CNRS - UMR 5140, Université Montpellier 3 Paul Valéry
Nouveau regard sur les Textes des Pyramides

Abstract und Vortrag des Referenten

 
Outre l'intérêt que présente le corpus des Textes des Pyramides pour la compréhension de la pensée religieuse égyptienne et des ressorts de l'idéologie royale, ces textes, "le plus ancien corpus religieux de l'humanité", se revèlent être aussi une fenêtre ouverte sur l'univers de l'Égypte thinite, celle des premières dynasties de l'histoire pharaonique.

 

   

Bernard Mathieu
Université de Montpellier III Paul Valéry

Les Textes des Pyramides : une fenêtre sur l'époque thinite

Conférence pour le Basler Forum für Ägyptologie
29 septembre 2011

Les Textes des Pyramides.

De janvier à mai 1881, fut révélée sur le plateau de Saqqâra, dans la nécropole memphite, l'existence de cinq pyramides à textes : Pépy Ier, Mérenrê, Ounas, Néferkarê-Pépy II et Téti. Deux nouveaux concepts étaient nés en égyptologie : les pyramides à textes, et les Textes des Pyramides (TP). Une deuxième série de découvertes intervint entre 1924 et 1936, lorsque l'égyptologue suisse Gustave Jéquier reprit l'exploration du secteur de Saqqâra-Sud. Quatre nouvelles pyramides à textes apparurent : Oudjebten, Neit et Ipout, et Aba (roi de la VIIIe dynastie). Le 12 février 2000, sortit du sable un premier fragment en calcaire gravé des TP de la reine Ânkhesenpépy II, personnage historique de la fin de l'Ancien Empire qui fut tout à la fois ou successivement l'épouse de Pépy Ier, l'épouse de son successeur Mérenrê, puis la mère du successeur de Mérenrê, Néferkarê-Pépy II, et à ce titre régente du royaume d'Égypte. La fouille de la chambre funéraire d'Ânkhesenpépy II a permis de préciser le nom que les Égyptiens donnaient aux TP : meæ.t n†r, le « rouleau du dieu ». Enfin Béhénou, « aimée de Pépy » (Pépy II, ou plutôt VIIIe dyn.), découverte en 2006.
L'étude attentive des inscriptions montrent que le développement du texte (et par conséquent le parcours imaginaire du défunt) se fait globalement d'ouest en est, depuis le sarcophage, dans la chambre funéraire, jusqu'au serdab, en passant par l'antichambre. Capable de se déplacer (ba) et jouissant de toutes ses facultés physiques (sekhem), ce nouvel être se dirige vers l'Est pour accomplir son destin : c'est l'histoire que racontent sur tous les tons, de façon plus ou moins explicite, les « formules théologiques ou « cosmographiques », parmi lesquelles on peut distinguer formules de résurrection, de progression et d'ascension. La prise en compte du contexte architectural ouvre une nouvelle voie, un nouveau champ d'analyse, elle assigne une « orientation » aux formules, et leur donne véritablement « sens ».

Textes des Pyramides et Ire dynastie.

Lorsqu'on aborde les différentes formules des TP — formules d'offrandes, formules cosmographiques, formules conjuratoires, il convient de distinguer trois moments chronologiques : conception, rédaction, inscription. Leur rédaction, de plus, a pu s'échelonner sur une longue période. C'est ce qu'on peut qualifier de processus de sédimentation, déjà invoqué par K. Sethe. Ainsi, les TP reflètent souvent des réalités institutionnelles de l'époque thinite et, singulièrement, de la Ire dynastie.

Illustrations.
En voici quelques illustrations, qu'on pourrait multiplier.

a. La forme du monument funéraire.
Le concept de tombeau pyramidal est plus que discret dans les TP ; les mentions de la pyramide ou du nom du complexe funéraire dans les TP 599-601, ne sont que des actualisations de la formule, à l'instar de la mention du nom du roi défunt. On peut y voir un indice de l'ancienneté de la rédaction de beaucoup de formules, antérieure à l'apparition du concept architectural de pyramide. D'autant que la forme du monument funéraire, dans les TP, rappelle parfois étrangement celle du mastaba S 3038, à Saqqâra-Nord, attribué au règne de Âdjib (6e roi de la Ire dynastie).

b. La déesse Mafdet.
Mafdet est à l'origine une déesse lionne ou panthère / léopard. Dans les TP, elle s'attaque à l'adversaire du défunt lorsqu'il se présente sous forme de serpent.
Les doigts de N qui sont sur toi, ce sont les doigts de Mafdet qui réside dans la Demeure de vie (§ 677d). Il tranchera ta tête avec ce couteau qui est dans la main de Mafdet qui réside dans la Demeure de Vie ! (§ 442c)
Or ces textes trouvent leur illustration iconographique dans des représentations datant du règne de Den (5e roi de la Ire dynastie).

c. La tour de guet.
Il est question d'une tour sounou dans les TP. Il s'agit d'une tour de guet, peut-être une tour-magasin, crenelée, comme le montrent les différents déterminatifs. On accédait au sommet de cette tour cylindrique par une échelle de corde, figurée sur le signe hiéroglyphique par un appendice latéral. Or ce type d'ouvrage, caractéristique de l'époque archaïque, disparaît totalement de la documentation vers le milieu de la Ve dynastie, les seuls TP en conservant le souvenir. Un passage des TP permet même de reconstituer une conception extrêmement ancienne de l'univers, protégé à ses quatre angles de tours sounou.

d. Les voûtes de la tente funéraire.
C'est dans le « Pavillon du dieu » que se déroule traditionnellement la purification (et la momification) du défunt. Un passage des TP particulièrement intéressant fait allusion aux cérémonies de funérailles du roi défunt par son successeur « Horus-Seth » (§ 2100a-c [TP 690]). Or une illustration exacte de ce cérémonial semble bien figurer sur des étiquettes datant du règne de Âha (2e roi de la Ire dynastie). La triple voûte formant la couverture en clayonnage du pavillon funéraire, aussi bien sur les étiquettes que dans ce passage des TP, a peut-être été transposée architecturalement dans les trois voûtes en chevrons qui coiffent les appartements funéraires des pyramides des Ve et VIe dynasties, et, selon toute vraisemblance, la « Chambre de la Reine » et la « Chambre du Roi » dans la pyramide de Khéops (cf. G. Dormion, La chambre de Chéops. Analyse architecturale, Paris, 2004, p. 154 et 213).

Outre l'intérêt que constitue le corpus des TP pour la compréhension de la pensée religieuse égyptienne et des ressorts de l'idéologie royale, ces textes s'avèrent aussi une fenêtre ouverte sur l'univers des premières dynasties de l'Égypte pharaonique. L'Égypte de la Ire dynastie est ce moment de l'histoire égyptienne qui permet d'expliquer l'apparition des grandes pyramides de la IVe dynastie, ouvrages emblématiques de cette civilisation (l'Ancien Empire doit être vu non comme un début, mais comme un aboutissement), mais aussi l'extraordinaire et unique longévité (trois millénaires) des structures de la société pharaonique.

Photos: © B. Mathieu


Update:12.10.2011 Webdesign: H. Jenni © Basler Forum für Ägyptologie